Ouagadougou, le 29 janvier 2016

Réunis en séminaire panafricain à Ouagadougou du 25 au 29 janvier 2016, les membres de la campagne Tournons la Page expriment leur indignation quant à l’élection du Burundi et de la République du Congo au Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine, ce jeudi 28 janvier 2016.

Les membres de la campagne Tournons la Page s’étonnent de l’intégration de ces deux pays membres dans un organe appelé à se prononcer sur les crises du continent, alors qu’ils ont eux-mêmes sciemment trahi leurs engagements au sein de l’Union Africaine, mettant ainsi à mal la paix et la sécurité sur leurs propres territoires. En refusant de respecter les limitations légales de mandats, les présidents congolais et burundais ont en effet volontairement piétiné les principes de la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance. Le passage en force de M. Nkurunzinza aux élections présidentielles de 2015 a initié une spirale de violence de plus en plus incontrôlable, dans laquelle la menace du génocide est désormais avérée. La population burundaise subit une répression féroce, des exécutions et des arrestations arbitraires quotidiennes, dont les auteurs et commanditaires jouissent d’une impunité totale. En République du Congo, les violences du mois d’octobre 2015 ont attisé un climat de tension et de frustration au sein de la population, dont l’opinion est systématiquement méprisée.

Les membres de la campagne Tournons la Page s’interrogent sur l’incapacité de l’Union Africaine à prendre des sanctions envers des gouvernements dont le comportement menace la stabilité du continent, ainsi que sur l’absence de fermeté face aux exactions du gouvernement burundais. Son refus de toute assistance dans la résolution du conflit est en passe de constituer une jurisprudence inquiétante et un exemple dangereux pour d’autres chefs d’Etat ayant des velléités de se maintenir au pouvoir à tout prix. Le silence persistant de M. Kabila quant au respect des dispositions constitutionnelles relatives à la limitation des mandats présidentiels compromet dangereusement les chances de la tenue d’élections apaisées et dans les délais constitutionnels.

Les membres de Tournons la Page s’attristent enfin du signal négatif adressé aux populations, en particulier la population burundaise, avec lesquelles l’Union Africaine ne semble afficher aucune solidarité. Unis par la croyance commune que le respect des règles démocratiques et de l’alternance sont des conditions indispensables à la construction de la paix, les membres de la campagne Tournons la Page appellent :

– l’Union Africaine à prendre les mesures nécessaires pour protéger la population burundaise et promouvoir un dialogue inclusif respectueux de l’Accord d’Arusha,
– l’Union Africaine à prendre des sanctions envers les pays membres qui ne respectent pas la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance,
– le gouvernement du Burundi à mettre fin aux exactions commises contre les populations,
– les gouvernements du Burundi, de la République démocratique du Congo et de la République du Congo à garantir les conditions de cohésion sociale et d’alternance, nécessaires à des scrutins libres et apaisés, conformément aux dispositions de la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance, dont ils sont signataires,
– les gouvernements de la République démocratique du Congo et de la République du Congo à garantir les droits et libertés fondamentaux des citoyens et à mettre fin aux mesures de restriction qui se multiplient.