Le 27 octobre 2016,
La République démocratique du Congo, et avec elle, l’ensemble de l’Afrique centrale est à un tournant décisif de son histoire. Le 19 décembre 2016, le président Joseph Kabila a l’obligation de se retirer au terme de son deuxième et dernier mandat de cinq ans autorisé par la constitution. Depuis près de deux ans, le pouvoir en place fait tout pour s’y maintenir et confisque les désirs d’alternance de la population. Pour la campagne Tournons la page, la communauté internationale doit exiger que le président Joseph Kabila ne se représente pas et qu’il garantisse les droits des défenseurs de l’alternance démocratique, qui payent aujourd’hui de leur vie leur engagement.
Le dernier rapport des Nations Unies sur les manifestations de protestation contre le report des élections à Kinshasa, entre le 19 et le 21 septembre, est sans appel : les autorités congolaises ont fait preuve d’un « usage disproportionné et excessif de la force, y compris létale ». Selon Human Rights Watch, en deux jours, au moins 48 personnes ont été tuées par des agents de l’État, 143 blessées et 299 arrêtées et détenues illégalement. Malgré la contestation des ONG et d’une partie de la communauté internationale, la répression s’abat toujours sur les manifestants. Le 21 octobre dernier, 12 militants de la LUCHA ont été arrêtés par la police alors qu’ils s’apprêtaient à déposer un mémorandum auprès de la délégation de l’Union Africaine à Kinshasa. Ils ont été relâchés par la suite. Le 24 octobre, six autres militants du mouvement citoyen ont été à leur tour arrêtés à Goma alors qu’ils sensibilisaient des jeunes à participer activement aux deux journées d’actions citoyennes prévues pour les 26 et 27 octobre sur l’ensemble du pays, à l’initiative d’une centaine d’organisations de la société civile et de mouvements citoyens. Ceci constitue un pas de plus dans la répression qui est la voie choisie par le régime de Joseph Kabila.
En même temps qu’il met en place un dialogue avec une partie de l’opposition, Joseph Kabila refuse toute discussion avec les milliers de citoyens qui souhaitent que la Constitution soit respectée et que des élections libres et ouvertes soient organisées en 2017. Le dialogue prétendument inclusif a pour seul but de valider le glissement du calendrier électoral permettant au président de rester au pouvoir, au moins jusqu’en avril 2018. Et le risque de modification de la constitution pour faire sauter le verrou des mandats pèse toujours. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui a pourtant participé, un temps, au dialogue a parfaitement résumé les attentes des Congolais : « Il est impérieux qu’il soit clairement mentionné dans le consensus à trouver que l’actuel Président de la République ne se représentera pas pour un troisième mandat ».
Le sommet qui s’est tenu le 26 octobre à Luanda et qui a réuni les chefs d’Etat et de gouvernement de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) n’a fait que donner une légitimation internationale au dialogue facilité par l’Union Africaine à Kinshasa. C’était prévisible : comment espérer une autre issue à un sommet organisé par José Eduardo Dos Santos, président de l’Angola depuis 37 ans ? Les dirigeants de la région réunis doivent tenir compte des aspirations légitimes de la majeure partie de la population congolaise qui ne jure que par le respect des règles démocratiques, dont l’alternance. L’implosion de la RDC peut déstabiliser toute la région. La promotion de l’Etat de droit et de la démocratie est la première réponse à ce risque.
Face à l’impasse politique dans laquelle se trouve la République Démocratique du Congo, les regards se tournent vers les Etats-Unis et l’Union Européenne qui ont tenu un discours clair depuis le début de la crise sur la nécessité de respecter la constitution et d’une passation pacifique du pouvoir. Il en va de la crédibilité de la communauté internationale qui a investi massivement dans la construction de la paix et le développement de l’Etat de droit dans le pays.
La campagne Tournons la page demande ainsi à l’Union européenne et à ses Etats-membres de :
– D‘exiger expressément du président Joseph Kabila de ne pas se représenter aux prochaines élections présidentielles, en accord avec la constitution.
– D’exiger que l’intérim à la tête de l’Etat, entre la fin officielle du mandat de Joseph Kabila (le 20 décembre 2016) et la tenue des élections présidentielles courant 2017, revienne au président du Sénat comme le stipule la constitution (Art.75).
– De mettre en place des sanctions ciblées contre les responsables des massacres du 17 au 19 décembre et de manière générale contre les autorités qui sapent le processus démocratique en réprimant les libertés politiques des Congolais, dans l’esprit des mesures prises par les Etats-Unis contre les généraux Gabriel Amisi Kumba et John Numbi Banza Tambo et avant eux, contre le général Kanyama (chef de la police de Kinshasa).
– D’exiger la libération des tous les militants détenus illégalement à la suite de manifestations et d’actions pacifiques et de lever les charges qui pèsent à leur encontre.
– D’exiger l’arrêt du harcèlement judiciaire contre tous les acteurs politiques d’opposition, y compris Moïse Katumbi, pour que l’opposition puisse s’organiser normalement ce, tout au long du processus électoral.
Contacts presse :
Laurent DUARTE, coordinateur et porte-parole de la campagne Tournons la page : E-mail : afrique.democratie@secours-catholique.org Tél : +331 49 45 70 97 / +336 50 39 17 83
Jean-Chrysostome KIJANA, Coordinateur de la coalition Tournons la Page en RDC, Président de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile (NDSCI). Email : chrysokijana2020@gmail.com Tél : +243 855 063 079