C’est depuis les années 2013, que la population de Mbobero, en territoire de Kabare, village situé à une dizaine de kilomètre de Bukavu, vit dans un climat de terreur et de traumatisme dépassant tout entendement. La pomme de discorde c’est un litige foncier qui oppose le Président Joseph Kabila et les habitants de cette bourgade.

Des démolitions illégales…

C’est dans la matinée du 30 janvier 2016  qu’interviennent les premières démolitions supervisées par le Gouverneur de l’époque, Marcellin CISHAMBO et la femme du nouvel acquéreur, Mme Olive LEMBE. Lors de ces premières démolitions, 47 maisons ont été violemment détruites par des éléments de la Police Nationale Congolaise et des FARDC (Police militaire et garde républicaine),  à l’aide des pioches et autres engins de l’office de Route. Parmi les bâtisses démolies ce jour, on retrouve le Centre Neurochirurgical de Mbobero, un centre hospitalier moderne, une première dans cette partie  de la République et l’œuvre d’un digne fils du pays, le Dr Charles KATCHUNGU. Alors qu’il est de notoriété publique qu’on ne s’attaque pas, même en temps de guerre, aux installations sanitaires, l’Etat congolais ne s’est pas empêché de démolir cet hôpital en commençant par l’interruption du groupe électrogène qui alimentait la salle opératoire où une femme était sur le lit opératoire subissant une césarienne. L’équipe médicale ayant été obligée de la transporter et parachever l’intervention sur la pelouse en plein air. Quelle cruauté humaine de la part de cela qui ont pour mission de sécuriser et protéger les citoyens ???

 

Les secondes démolitions interviennent deux ans plus tard soit en février 2018 et là c’est tout un village qui s’en va. Plus de 217 maisons réduites en ruine. Près de 2500 personnes, dont des femmes enceintes, des enfants et des personnes de troisième âge abandonnés à leurs tristes sorts et à la merci de toutes les intempéries. Et jusqu’aujourd’hui, ces compatriotes sont abandonnés sans aucune assistance humanitaire de la part du Gouvernement Provincial du Sud-Kivu.

Toutes ces démolitions se passent dans l’illégalité la plus totale et sans aucune décision de justice ni un quelconque acte administratif.  S’étant rendu compte de ces graves irrégularités, suite à la clairvoyance des organisations citoyennes impliquées dans ce dossier, un arrêté (N°013/18/GP/DSK du 09 février 2018) fut bricolé à l’emporte – pièce et signé par le Vice-Gouverneur, Hilaire KIKOBYA, alors qu’il est connu de tout esprit averti qu’un Vice-Gouverneur ne peut jamais décider par arrêté aussi longtemps que le Gouverneur titulaire est en fonction. Arrêté pris le 09 alors qu’un jour avant, trois bâtisses étaient déjà démolies. Comme pour celles de 2016 et du 08 février 2018, sur quelle base l’ont-elles étaient faites?

 

Et le calvaire des habitants de Mbobero est loin de connaitre son épilogue

Comme si cela ne suffisait pas, une autre lettre de sommation N°859/CAB/MIN/AFF.FONC/2018 signée par le Ministre national des affaires foncières, Me LUMEYA-dhu-MALEGHI, tombe comme une bombe et annonce de nouvelles démolitions. Et cette fois-ci c’est toute la partie restante de Mbobero et allant même dans le village voisin de Mbiza qui est visé. Et par magie, la concession du Chef de l’Etat ne fait que s’agrandir du jour au lendemain allant même très au-delà de la simple concession appartenant à son vendeur, le nommé MIHIGO.  Et ceci est la goutte qui fait déborder la vase car le collège technique Sainte Anne, une dotation des pères barnabites à la population de Mbobero et l’école primaire Kacuba, l’une des

plus anciennes écoles de la contrée sont aussi ciblées. La grogne et les tensions montent, les voix s’élèvent de partout et la population refuse de céder ou de se faire arracher tout ce qui lui reste de précieux.

Pendant ce temps, Mbobero qui, jadis, était un havre de paix et d’excellence car abritant aussi une des grandes écoles du pays, le Collège St Paul, les femmes et les enfants y sont traumatisés par cette présence massive des militaires lourdement armés, on dirait à la traque des ADF – NALU. Ces hommes en arme se livrent à un véritable razzia et commettent de graves exactions et violations des droits de l’homme. Des enfants et autres jeunes sont réduits en esclaves, obligés de creuser et transporter des pierres, de couper des arbres pour le bois et braises de ces militaires, construire leurs cabanes d’infortune,… Les pauvres femmes n’ont plus accès à leurs champs. En cette période de récolte, ce sont ces militaires qui s’en procurent en utilisant ces mêmes femmes et leurs enfants dans des travaux de récolte. Toute résistance conduit son auteur à des sévices corporels dont des coups de fouet plus violents que ceux que recevaient nos ancêtres à l’époque coloniale : « esclaves dans son propre pays et sur les terres de ses ancêtres » !!!Quelle humiliation ???

De pertes en vies humaines sont aussi déplorées déjà à Mbobero, notamment le crapuleux assassinat à bout portant par un élément de la garde républicaine, du jeune Cédric pour avoir refusé de céder son téléphone portable à une barrière de militaires de la Garde Républicaine à l’entrée de Mbobero. Et un autre enfant de deux ans, fils de M. BUSIKU MERA, mort étouffé au dos de sa mère par de gaz lacrymogène lors des deuxièmes démolitions à Mbobero.

 

Il est temps de briser le silence et de dire non à toute nouvelle démolition à Mbobero

Réunis ce mercredi 18 avril 2018, dans les bureaux de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, les forces vives et sociales de la Province, en présence des délégués de mandataires et victimes de Mbobero et des médias, ont passé en revue la situation qui sévit actuellement à  Mbobero et ont pris les résolutions et recommandations suivantes :

 

* Au gouvernement tant national que Provincial

De mettre fin immédiatement à leur macabre projet de nouvelles démolitions à Mbobero ;

– de venir en aide aux victimes de ces démolitions barbares qui sont victimes des souffrances atroces ;

– de procéder à la démilitarisation de Mbobero pour ne plus traumatiser les enfants et élèves de ce milieu ;

– De sanctionner tous ces responsables à tous les niveaux qui sont à la base de cette situation dramatique à Mbobero.

 

– * A la Justice et au service de Cadastre

– De dire le droit en toute impartialité ;

– de mettre à la disposition de tout citoyen qui le désire et comme le prévoit les lois de la République, les documents et titres fonciers du citoyen Joseph Kabila. Si le Citoyen Kabila a raison, pourquoi garder secret ses documents et titres fonciers ?

– à l’Auditeur Supérieur près la cour militaire du Sud-Kivu de se saisir d’office de tous ces cas flagrants de violation des droits humains, œuvre des elements de FARDC.

 

* À La Monusco et ODH :

– De Protéger les civils conformément  à son mandat qui lui donne aussi le droit de prévenir des conflits. L’indifférence de la Monusco Sud-Kivu est inquiétante et trahi une de ses missions, celle de protéger les civils en difficulté et victimes de violations des droits de l’homme.

– Organisations internationales de défense de droits de l’homme et à la Commission Nationale de Droits de l’homme, de se saisir du dossier de Mbobero en ouvrant des enquêtes afin que ces violations ne restent pas impunis.

 

A la population congolaise dans son ensemble et celle du Sud-Kivu en particulier :

  • De faire preuve de solidarité et d’amour du prochain en se mettant du côté des opprimés de Mbobero;
  • De ne pas prêter oreille attentive à tous ces pécheurs en eau trouble qui recourent à des pratiques peu orthodoxes, notamment la corruption, les menaces, le tribalisme,…afin de la diviser davantage en vertu du principe : « Diviser pour bien régner ».

 

Des résolutions suivantes ont été aussi prises :

  1. Lancement dès ce 18 avril de la campagne SMS : « Aucune nouvelle démolition à Mbobero », campagne qui cible quelques personnalités politiques de haut niveau national et provincial impliqués négativement dans cette catastrophe humanitaire.
  2. La mise en place dès ce soir à l’issue de l’assemblée générale des victimes  et mandataires d’un comité de victime qui sera seul véritable interlocuteur dans ce dossier, ceci pour mettre fin à des pratiques négatives de corruption et de division en vogue actuellement de la part des responsables politiques.
  3. L’érection d’un camp de sinistrés à Mbobero pour abriter les victimes actuelles et celles à venir.
  4. La relance de l’opération de collecte de dons en vivres et non vivres au profit des sinistrés dans le cadre de la campagne « Je suis Mbobero » Dans le cas contraire nous allons tous nous mobiliser et faire un bloc contre quiconque voudrait semer la terreur dans cette partie de la province et de ce fait vous serez responsable de tout ce qui surviendra.

Ainsi donc, les organisations présentes et d’autres citoyens épris de justice sociale lancent ce jour l’opération : « TUKINGE MBOBERO ».

Que vive Mbobero !!!

Ainsi fait à Bukavu, ce 18 avril 2018,

 

Les signataires ((liste en annexe),