N° Réf. :139/NDSCI/DN/JUIN./2018                                                               Bukavu, le 04 juin 2018

Objet : Lettre ouverte : 

« A 47 ans, on a encore une longue vie même après la Présidence »

A Monsieur Joseph KABILA KABANGE,

Président de la République Démocratique du Congo

À KINSHASA – GOMBE

Excellence Monsieur le Président,

La Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, NDSCI, est heureuse de revenir encore une fois auprès de votre distinguée autorité afin de vous partager à haute voix et avec courage ce qui se dit tout bas par la majorité silencieuse du peuple congolais. Nous avons choisi ce jour où vous commémorez vos 47 ans d’âge afin de vous parler à cœur libre et à bâton rompu. Recevez bien avant toute chose, nos vœux les meilleurs de bonheur et de prospérité à l’occasion de votre anniversaire de naissance.

Excellence Monsieur le Président,

La République Démocratique du Congo, notre cher et beau pays, se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire politique récente. Après un demi-siècle d’indépendance notre pays s’apprête à vivre sa première alternance politique au sommet de l’Etat avec un Chef de l’Etat sortant, que vous êtes, et un nouveau qui sera élu de manière démocratique et souveraine par le peuple congolais ce 23 décembre 2018. Le pays tout entier vibre et attend avec impatience l’avènement de ce grand rendez-vous inédit de notre vie politique comme Nation indépendante. Cet évènement historique devrait déjà être vécu depuis décembre 2016 lorsque votre second et dernier mandat constitutionnel est arrivé à terme. Mais, hélas, par des moyens malicieux et autres techniques, vous avez pu obtenir le glissement au mépris des prescrits constitutionnels et grâce à la manipulation de la Cour Constitutionnelle et d’une bonne frange de la classe politique qui, pour des intérêts égoïstes et de cupidité, ont sacrifié la démocratie et l’intérêt supérieur de la Nation et du peuple congolais pour vu qu’ils accèdent aussi à la table du festin afin d’avoir droit au partage du gâteau ; et c’est au grand dam de nous petits citoyens.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Grâce à l’accord politique arraché à la dernière minute par nos pères les évêques de la CENCO le 31 janvier 2017, il a été évité à notre pays un chaos et le processus électoral a poursuivi avec son bonhomme de chemin bien qu’émaillé de beaucoup d’embuches. Et nous voilà aujourd’hui à jour « j » moins 19 de la convocation de l’électorat et à six mois du grand rendez-vous de notre histoire, à savoir le 23 décembre 2018, date prévue pour la tenue des élections générales. Monsieur le Président, laissez nous vous dire que plus nous nous approchons de ces échéances, plus nos peurs et inquiétudes deviennent de plus en plus grandes. Il suffit de scruter et analyser très attentivement les différentes prises de position, notamment au sein de votre famille politique, pour comprendre que vous êtes, petit à petit, en train de vous engouffrer dans un trou dont il vous sera difficile par la suite de vous tirer. Ces nombreux discours et messages vous présentant comme « Président hier, Président aujourd’hui, Président demain et Président à vie » sont extrêmement graves et dangereux pour l’avenir de notre pays et pour la jeune démocratie que nous voulons préserver et dont vous êtes parmi les artisans. Ce qui nous inquiète plus c’est votre légendaire silence face à toutes ces déclarations provenant de vos lieutenants. A la place d’une réponse rassurante pour apaiser vos concitoyens, vous avez choisi d’arborer, à la Fidèle Castro, votre treillis de Général Major comme pour prouver à la face du monde que vous êtes prêt à tout, y compris les armes, pour conserver à tout prix votre fauteuil présidentiel. Au même moment, un discours dit anti-impérialiste prend forme et se cristallise au sein de votre régime. La tendance étant celle de montrer au peuple congolais que c’est au nom de l’impérialisme et du néo-colonialisme que certains pays étrangers exigent la tenue des élections d’ici le 23 décembre.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Laissez nous vous dire que, jaloux de notre souveraineté, nous le sommes et ne permettrons pour aucune raison voir notre souveraineté être aliénée et notre pays mis sous tutelle. Soyez en rassuré. Mais, le simple fait de vous rappeler sur la nécessité d’organiser les élections et de ne plus vous représenter n’est en aucune manière une ingérence dans les affaires internes de notre pays, moins encore une négociation avec vous pour le faire. Permettez-nous l’organisation des élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées et vous verrez que seuls les Congolais éliront leurs futurs dirigeants sans qu’ils soient tenus ni forcés par aucune puissance étrangère dans l’expression de leurs choix.

Pendant que toute votre attention est focalisée sur comment se maintenir à tout prix au pouvoir, la situation socio-économique et sécuritaire du pays ne cesse de se détériorer. Tous les indicateurs sont au rouge. Les répressions sanglantes et autres graves restrictions aux droits et libertés des citoyens continuent à se faire enregistrer. Nous craignons avec raison le retour vers la pensée unique caractérisée par une sorte d’orthodoxie idéologique qui ne dit pas son nom où seuls les citoyens et organisations politiques de votre famille ont droit au chapitre. La tournée actuelle du Secrétaire Permanent de votre parti politique, le PPRD, pendant laquelle il tient des meetings publics sans qu’il n’en soit pas empêché comme c’est le cas pour d’autres formations politiques et nous organisations de la société civile, est une bonne illustration. Le train de vie de la population de plus en plus intenable. L’insécurité et l’activisme des groupes armés toujours d’actualité. Les infrastructures de base inexistantes. Bref, rien ne va.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Après 17 ans de règne, il nous semble qu’il est temps pour vous de faire le bilan et surtout de savoir partir. Partir sans pour autant chercher à en rajouter au sang des congolais suffisamment déjà versé, serait un signe de maturité et de patriotisme. Vous pouvez vous servir de l’exemple tanzanien, ce pays que vous connaissez parfaitement bien où ses dirigeants se retirent calmement et vivent dans la paix et la joie après leurs règnes. Tout discours tendant à vous présenter comme l’unique gage de la stabilité de notre pays n’est qu’un grossier mensonge. Pour preuve, pendant tout votre règne, le pays a toujours été confronté à des guerres et autres récurrents problèmes, bref, a été le théâtre des situations macabres. Continuer à vous présenter comme « l’Homme Providentiel  et seul capable de présider aux destinées de notre Nation comme le font vos partisans n’est qu’une moquerie à votre personne, l’époque et temps d’hommes providentiels étant révolus. Monsieur le Président de la République, permettez-nous de vous inviter de vous arrêter et de bien regarder autour de vous, voir qui sont ces sieurs et dames qui vous entourent. Une fois cet exercice fait, analysez bien leurs parcours. Vous vous rendrez bien compte que ce sont les mêmes personnes qui savaient inventer des histoires et autres théories pour cajoler et tromper le feu Président MOBUTU pour l’abandonner mourir seul comme un vulgaire anonyme au Maroc. Il en est de même pour tous ces dirigeants qui ne jurent que par s’accrocher au pouvoir. Leur fin est toujours tragique, merci de l’avoir toujours à l’esprit.

Excellence Monsieur le Président de la République,

A 47 ans, c’est toute une vie qui est encore devant vous. Et la vie, il y en a aussi après la présidence de la République. Personne n’est née Président de la République ni pour être toute sa vie Président de la République. Tout un avenir, peut – être beaucoup plus radieux qu’aujourd’hui est devant vous. En plus de tout l’honneur d’être le premier ancien Chef de l’Etat de la RDC en vie, notre constitution vous gratifie d’un siège de sénateur à vie. Et avec votre riche expérience et vos qualités de fin diplomate, vous mettrez vos talents au service de l’humanité dans la résolution de ces nombreux conflits armés qui l’écument. Et tout en vous occupant de vos très nombreuses concessions, dont celle de MBOBERO amplement disputée, vous pourrez aussi servir de sage et conseiller à vos successeurs.

Excellence Monsieur le Président,

Tout votre avenir est donc entre vos mains. Tout dépend de la décision que vous devez prendre seul en âme et conscience. Mais, pour la Nouvelle Dynamique de la Société Civile et pour beaucoup de citoyens congolais anonymes, il est temps que vous preniez la bonne décision : accepter de tourner la page et sortir par la grande porte. A ce prix vous entrerez dans l’histoire du monde et la Nation toute entière, génération présente et à venir, vous resteront reconnaissantes à jamais. Toute autre décision contraire, peu importe l’argumentaire, serait une erreur monumentale et constituerait une véritable déclaration de guerre et serait passible de haute trahison. Et sans attendre l’ordre de qui que ce soit, vous aurez sur votre chemin tous les bons citoyens qui seront dans l’obligation constitutionnelle de vous en empêcher par tous les moyens et ce conformément à l’article 64 de notre constitution.

Excellence Monsieur le Président,

Dans l’espoir que la bonne sagesse va vous guider, nous vous prions de croire, Excellence Monsieur le Président de la République en l’expression de nos sentiments patriotiques.

Pour la NDSCI,

Jean Chrysostome KIJANA,

Président National