Le Collège Sainte Anne de Mbobero

A Mbobero, dans l’espace que le Président de la République Démocratique du Congo considère comme sien, surgit un Collège technique d’une rare beauté, fréquenté par des enfants et jeunes du milieu et de la ville voisine de Bukavu, au Sud-Kivu. Avec l’Ecole primaire voisine, il est, depuis les démolitions des maisons du 10 février 2018, une cathédrale dans un désert de décombres, entouré de plus en plus par la clôture que le nouveau patron est en train de bâtir. Malgré l’angoisse de cette situation, l’année scolaire est terminée et de nouveaux élèves et étudiants s’inscrivent. Une forme de résistance active non violente, un geste d’espoir. Voici un extrait des mots que le père Hilaire Mugisho, Barnabite, recteur du collège, a prononcés devant les étudiants, les parents et les autorités convenus le 9 juin pour une Célébration des Sacrements dans une cour du collège.

 

Le Collège Technique Sainte Anne est né d’une catastrophe naturelle, un séisme qui avait secoué la ville de Bukavu et ses environs un certain dimanche 3 février 2008 et qui avait endommagé sérieusement le bâtiment du Collège Saint Paul. Au lendemain de celle-ci, le Père Mirali Benoit, alors recteur du collège, avait lancé un message de secours par-ci par-là cherchant qui pourrait nous venir en aide pour sa réhabilitation.

Heureusement, ce message était aussi tombé dans la boite électronique d’un fils de cette Paroisse de Mbobero, l’Abbé René Choffi se trouvant en Suisse en ce temps-là.  Il partagera la triste nouvelle aux membres de la fondation « Maria-Mater Misericordiae Fondatio », dont il était l’Aumônier, et ceux-ci se sont vite sentis touchés par la situation.

Après analyse du rapport des experts sur la situation, la fondation estima que les fonds nécessaires à la réhabilitation du Collège Saint Paul étaient énormes et elle proposa plutôt aux pères barnabites de disponibilité un autre terrain pour y construire un autre collège.

Les pères barnabites furent d’accord et demandèrent de bâtir plutôt un collège technique pour répondre à un besoin du milieu, dans l’espoir qu’ils trouveraient d’autres partenaires pour aider à réhabiliter le collège Saint Paul. Les pères mirent alors à la disposition de la fondation leur terrain de Kacuba qui abritait déjà l’une de plus ancienne école primaire et la première chapelle où la paroisse a commencé depuis les années 1965.

Le 4 mars 2009 fut posée la première pierre du collège, qui fut inauguré en mai 2013. Il ouvrit ses portes aux jeunes pour l’année scolaire 2013-2014 avec les 5 classes de premières années. Il y eut de sérieux problèmes de gestion. A partir de juillet 2017 les pères barnabites ont récupéré la gestion de ce collège.

Aujourd’hui le Collège Technique Sainte Anne fonctionne avec 18 classes opérationnelles dont 8 du secondaire général et 10 des humanités techniques reparties en 3 sections à savoir : la commerciale de gestion, la construction et l’Electricité industrielle. Dans toutes ces sections nous avons 550 élèves encadrés par 32 enseignants et 12 ouvriers, tous encadrés par une équipe de direction. L’objectif du collège est d’offrir à la jeunesse un cadre idéal d’éducation et de formation dans le domaine de la technique, en visant une formation intégrale, intégrante et de qualité.

L’année scolaire 2017-2018 a été une année pas comme les autres au Collège technique Sainte Anne. Une année pleine d’inquiétudes et d’incertitudes mais vécue dans l’espérance et la foi et en train d’atterrir aujourd’hui en douceur comme on ne pouvait l’imaginer. Quoi de plus miraculeux que ça ? Dieu soit loué éternellement. Nous en remercions tous ceux qui nous ont soutenus.

Certes, les défis sont encore énormes devant nous : parmi les plus difficiles à surmonter il y a celui de l’insécurité (surtout intérieure) ou de l’instabilité qui nous menace depuis le début de cette année. Un autre défi est celui de l’accessibilité ici au collège. La saison de pluies constitue pour les élèves de nos deux collèges frères une période de cauchemar à cause de l’état de délabrement très avancé de notre route.

Nous allons recommencer la nouvelle année avec un ciel encore nuageux mais confiant que la vérité, la dignité, les droits de la jeunesse à l’éducation pourront avoir la priorité sur tout autre intérêt, par la grâce de Dieu et la solidarité de tant de frères et sœurs.

 

Fidèle Mutchungu