Bukavu, le 08 janvier 2019

« Cessez de jouer avec nos droits légitimes »

Monsieur le Ministre,

Nous, les organisations de la Société Civile Congolaise, représentée ici par la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, organisation pilote en RDC du collectif international « Tournons la Page » ainsi que la population qui se reconnait en ces termes vous adressons la présente lettre ouverte au regard de la situation actuelle que traverse notre pays qui, au lieu dinspirer limage du progrès démocratique auquel aspire ardemment le peuple congolais, va aujourdhui de mal en pire et plonge visiblement la RDC dans une société de non droits où les droits fondamentaux des citoyens sont quotidiennement bafoués par ceux qui sont censés les garantir et les protéger, notamment le gouvernement en place.

En effet, en cette période cruciale de lhistoire politique de la République Démocratique du Congo, où tous les regards sont tournés vers ce rendez-vous qui offre pour la première fois au peuple congolais la possibilité de vivre la première alternance politique et démocratique de son existence, le gouvernement, notamment à travers votre ministère, sillustre dans de nombreux cas de restrictions et violations des droits élémentaires du peuple congolais. Des droits, pourtant leur garantis tant par les instruments juridiques congolais (constitution de la RDC) que ceux internationaux (la Déclaration Universelle des Droits de lhomme).

Au nombre de ces droits, figurent : le droit à linformation, la liberté dexpression et dopinions, le droit de manifester pacifiquement, le droit de penser et de se réunir en toute indépendance pour ne citer que ceux-là. Fort malheureusement, tous ces droits et tant dautres non énumérés ici sont arrogamment et impunément piétinés par les responsables publics que vous êtes, arguant des motifs non fondés.
Et pourtant, dans ses difficultés quotidiennes que vous ne cessez de rappeler dans vos discours, et particulièrement à loccasion de cette période électorale, le peuple congolais avait placé sa confiance en ses dirigeants et sétait résigné en espérant que, comme vous le promettiez, le mieux serait à venir tant sur le plan de la consolidation de la paix et dune véritable démocratie, que sur le plan politique, économique, culturel, social et de la promotion des droits humains.

Le peuple congolais, en apparence calme et silencieux, a vécu de nombreux abus, a expérimenté de nombreuses violations, a souffert dinterventions étatiques répressives injustes et infondées, a vécu une misère quotidienne et entretenue. Nous noublions aucun évènement : son heure, son jour, sa date, son lieu, ses victimes et ses acteurs. Et tôt ou tard, chacun répondra de ses actes.
Mais ce peuple na répliqué jusquà présent que par sa confiance en la capacité de ses représentants à engager le changement et par un silence attentiste. Il a développé une importante résilience en espérant que le respect du droit finirait par triompher, comme cela lui a mainte fois été promis et assuré par le gouvernement congolais dont vous êtes porte-parole.
Aujourdhui, alors que ce processus électoral lui offre loccasion de prouver au peuple congolais et au monde sa bonne foi, certaines attitudes de votre gouvernement démontrent sa difficulté à se contrôler, à respecter les droits, à construire la paix et à consolider la démocratie. Dans certains contextes, des abus souvent perpétrés se répètent avec toujours comme conséquence danéantir toute liberté fondamentale, de faire taire toute revendication et dempêcher la moindre communication au sein du peuple.
Quel dessein se cache derrière cette attitude ? Est-ce une volonté politique de nuire au droit et de briser absolument toute démocratie ? Une simple lecture des événements qui suivent laisse apparaitre lombre de ce qui semble se tramer contre le peuple congolais dans le contexte particulier de cette période électorale.
Monsieur le Ministre,
Faut-il rappeler à votre gouvernement et à vous même que :
Toutes les manifestations populaires non violentes tendant à renforcer la démocratie ont été sévèrement réprimées dans le sang traquant à coups des gaz et balles réelles des paisibles chrétiens jusque dans les sacristies des églises et paroisses ;
Des défenseurs des droits de lhomme et toute personne qui a publiquement revendiqué le respect dun droit ont été soit arrêtés, soit enlevés, soit retrouvés morts ;
Des enfants mineurs ont été arrêtés ;
Des opposants politiques ont été traités de façon discriminatoire dans leurs activités légitimes, que ce soit dans leurs partis politiques respectifs ou dans des meetings, particulièrement en période de campagne électorale ;
Linternet a été coupé arbitrairement chaque fois que des informations que lon voulait occulter se révélaient, ce qui a occasionné des pertes énormes et des manques à gagner en termes financier et relationnel, notamment pour de nombreuses entreprises ;
Les communications ont été limitées, imposant des communications uniquement par appel vocal (et de nombreux numéros sur écoute) quand on sait bien que le pouvoir dachat limité de la population ne permet pas au plus grand nombre daccéder à la communication autrement que par sms ou via les réseaux sociaux ;
Des personnels diplomatiques internationaux qui ont exprimé leur souhait de voir le respect du droit se réaliser en RDC ont été chassés sous prétexte de souveraineté nationale (à linstar de lambassadeur de lunion européenne en RDC récemment chassé comme un criminel de grand chemin) ;
Des activistes des mouvements citoyens ont été sévèrement réprimés et parfois emprisonnés, y compris des artistes ;
De nombreux médias nationaux dobédience de lopposition et internationaux, ont été objet des graves restrictions allant à leur fermeture pure et simple, en passant par la fermeture de leurs antennes locales jusquau refus doctroi des visas à certains médias étrangers et au retrait daccréditation à ceux qui, par chance, étaient déjà accrédités. Tel a été le cas récemment de Florence Morice Correspondante de RFI à qui vous veniez de retirer laccréditation laccusant injustement davoir violé les règles dusage, et pourtant toute personne avisée jouissant encore du sens de lhonneur et de lhonnêteté sait très bien quelle na fait que son travail de manière la plus professionnelle qui soit accordant notamment la parole à tous les grands protagonistes électoraux, notamment votre responsable du FCC, le Professeur Néhémie MWILANYA. Bien avant elle, sa collègue Sonia Roley avait subi le même traitement. Beaucoup dautres journalistes étrangers qui tenaient venir couvrir les élections en RDC et faire connaitre à la face du monde les conditions de déroulement desdites élections, se sont carrément vu refuser les visas et accréditations. De quoi avez-vous peur, Monsieur le Ministre?
Ce contexte congolais actuel est une histoire dévènements et dactions importants mettant tout un peuple face à ses représentants de sorte que lun ou lautre peut apprécier le niveau de responsabilité de lautre. Et le peuple étant souverain, il est censé pouvoir exprimer par son vote son choix en toute liberté. Et cest ce qui a été fait le 30 décembre 2018 lors des élections générales tenues dans des conditions très difficiles. Mais, en dépit de tous les aléas tant de la nature que techniques et sécuritaires, le peuple congolais sest mobilisé du Nord au Sud, de lEst à lOuest, afin de se choisir en toute liberté ceux et celles qui devront présider aux destinées de leur grande Nation.
Dans un élan de citoyenneté responsable sans précédent, lon a vu un peuple déterminé et soucieux de faire une observation citoyenne des élections. Ni la nuit, ni le froid encore moins les pluies, rien a brisé cet engouement unique en son genre qui a amené un bon nombre dentre eux à veiller dans loptique des campagnes « Je vote, je reste », « Tous électeurs, tous observateurs » afin de participer à toutes les opérations, dont celles très sensibles de dépouillement et de photographier par la suite les Procès-Verbaux de vote. Et de bonne heure du lendemain du jour du vote, la toile était enflammée et inondée des Procès-verbaux authentiques provenant des bureaux de vote avec des tendances claires à la présidence de la République. Les médias indépendants, comme la Radio France Internationale « RFI » et bien dautres nationaux, nont fait que relayer les vérités et autres sentiments ressentis par ce peuple meurtri et appauvri qui, de pieds fermes, nattendait que ce jour pour sa vengeance et sa sanction via cette expression démocratique : les élections.
Et cest à ce moment précis et très déterminant de notre jeune démocratie que votre gouvernement a jugé bon de couper les Congolais du reste du monde en leur privant la connexion internet. Comme si cela ne suffisait pas, le signal de certains médias comme RFI, CCTV ont été coupés pour ne plus permettre aux Congolais dêtre informés en toute indépendance.
Dans ce contexte, on se questionne sur les raisons dun pareil comportement de la part de votre gouvernement : Que reste-t-il des droits des citoyens ? Pourquoi le gouvernement se manifeste-t-il à travers ces violations récurrentes des droits et libertés fondamentales ? Pourquoi sen prendre à la communication des citoyens ou à la presse qui ne fait quassurer le partage des informations ? Pourquoi chaque fois sen prendre à ces médias les plus suivis par la population pour cause de transparence ? Pourquoi manquer de confiance en vos propres institutions car, selon vous-même, la communication via internet et la presse « influenceraient » la Commission Electorale Nationale Indépendante « CENI » ? Est-ce un aveu que le gouvernement congolais manipule à sa guise cette institution initialement dappui à la démocratie? Pourquoi choisir des moments particuliers pour que le gouvernement se comporte ainsi ? Quy-a-t-il à occulter à la population dans cette phase du processus électoral où le peuple congolais reste éveillé et debout pour que rien ne vienne lui voler son désir de changement immédiat tel que largement exprimé par le vote du dimanche 30 décembre 2018 passé dont les tendances ne sont plus à cacher ?
Parce que nous estimons que toutes ces questions nauront pas de réponses satisfaisantes, si pas, en retour, des propos désobligeants, moqueurs et manquant toute considération à vos gouvernés que nous sommes, mais que, par contre, il sagit des droits et des libertés inaliénables reconnus aux citoyens en tant que tels et en tant quêtres humains, nous exigeons de vous le respect des lois de la République, de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme et le rétablissement dans nos droits légitimes.
Cest notamment :
Rétablir sans délai les sms et la connexion internet qui permet au peuple congolais de communiquer ;
Rétablir sans délai le signal des radios et autres médias interrompus dont la RFI ;
Revenir à la décision de retirer laccréditation aux correspondants des médias internationaux en RDC ;
Laisser la liberté à la population de sexprimer et interpeller celui qui, objectivement, aura eu un comportement répréhensible afin quil sen explique ;
Dans cette période électorale, assurer la crédibilité et la transparence de tous le processus devant le peuple qui use de sa voie de décision ;
Donner des gages de bonne foi, de loyauté et dintention de servir lintérêt commun par le biais du gouvernement et des institutions ;
Respecter les droits et les libertés fondamentales des citoyens congolais et de toute personne se trouvant régulièrement sur le territoire congolais.
Dans lespoir que la présente obtiendra le bénéfice de votre attention et permettra au gouvernement de pouvoir rassurer sa population, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, lexpression de nos sentiments patriotiques.
Pour la NDSCI,

Jean Chrysostome KIJANA,
Président National