Bukavu, le 17 Juin 2019

 

Objet : Lettre ouverte de la NDSCI : « Le péril est en la demeure… !»

A Son Excellence Monsieur Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République Démocratique du Congo (avec l’expression de nos hommages les plus déférents) à Kinshasa – Gombe

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

La Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, NDSCI-MUNGWA YA CONGO, est toute heureuse d’approcher, pour la seconde fois depuis votre accession à la magistrature suprême, votre autorité suprême afin de vous partager, en toute liberté et dans le respect des lois de la République, ce qui la tient à cœur et à travers elle, ce qui tient à cœur l’ensemble du peuple congolais dans sa majorité silencieuse. Nous vous remercions d’ores et déjà du temps et de l’attention toute particulière que vous accorderez à la présente correspondance.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Dans dix jours il fera exactement cinq mois depuis votre prestation de serment intervenue le 26 janvier 2019 à Kinshasa. Cinq mois après, l’ardeur populaire qu’avait suscitée votre arrivée au pouvoir est en train de s’effriter petit à petit. Chaque jour qui passe vient avec son lot de problèmes et de crises.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Point n’est besoin de vous rappeler l’état dans lequel se trouve actuellement notre pays. Dans tous les secteurs de la vie rien ne marche. Tous les indicateurs sont au rouge. Le peuple souffre ! Le peuple manque de tout ; son avenir ne rassure plus rien du tout. Le peuple est abandonné et sacrifié. Le peuple est à la merci des intérêts égoïstes des dinosaures politiques qui ont perdu toute conscience et esprit humain. Tout ceci à la face de votre autorité et sans qu’aucune action pour y mettre fin ne soit prise.

Des dinosaures qui sont prêts à tout pourvu qu’ils continuent à s’enrichir scandaleusement au détriment de ce même peuple, votre base,  qui croupit dans une misère sans nom.

Dans les provinces, l’on a assisté à des pillages systématiques par les gouverneurs sortants de tous les comptes y laissant des ridicules miettes et des colossales dettes. Un seul exemple pour l’illustrer, pour la Province du Sud-Kivu : 32 000$ dans la caisse contre 9 millions de dollars de dette de la Province ! Quel scandale ! Il en est de même des biens et immeubles de l’Etat qui sont continuellement charcutés. Et comme toujours, les auteurs de ces détournements et autres malversations financières sont libres et se la coulent douce dans les hôtels huppés de Kinshasa et de l’occident. L’impunité continue à régner en maitre.

Le pays se trouve actuellement confronté à de multiples crises  et vit dans une incertitude sans précédent. La République tourne au ralenti, on dirait même que le pouvoir se retrouverait dans la rue. Chacun, abusant de sa petite parcelle de pouvoir,  fait ce que bon lui semble. Bref, le pays est abandonné à son triste sort comme un bien sans maitre.

Comment comprendre que l’avenir et le destin de tout un peuple soient pris en otage par vous-même et vos alliés politiques à la suite de vos accords demeurés obscurs jusqu’à ce jour et au goût effréné du pouvoir et d’enrichissement qui caractérise l’ensemble de nos acteurs politiques?

Comment comprendre que dans un pays comme la RDC, où l’administration publique n’existe que de nom, un pays confronté à d’énormes problèmes de divers ordres, un pays confronté à la montée en puissance du terrorisme dans la partie orientale (BENI – BUTEMBO), un pays confronté à la plus grave épidémie à virus Ebola de son histoire ; se retrouve sans un gouvernement national capable de s’occuper sérieusement des problèmes qui guettent la Nation congolaise ? N’est-ce pas abandonner la population à son propre triste sort, elle qui devrait, au contraire, bénéficier de la protection de la part de ceux-là qui sont censés la leur offrir ?

Excellence Monsieur le Président de la République,

La sagesse africaine nous conseille d’éviter de se mettre à table avec le diable, étant donné que celui-ci usera toujours de sa malice et sa ruse pour vous faire tomber, et ce, quand bien même vous ayez recours à de longues fourchettes. Hélas, vous aviez pris ce sérieux risque. Et aujourd’hui, dans moins d’une année même de votre mandat, les choses tournent déjà au vinaigre, certains de vos chers alliés vous taxant même d’ « inconscient ». Si à seulement six mois de votre surprenante coalition jugée de contre-nature, par plus d’un, vous nous gratifiez déjà, nous pauvres Congolais, d’injures et autres propos outrageants du haut de la chambre basse de notre parlement, qu’adviendrait-il d’ici deux ou trois ans après ? Les scènes de violence et autres spectacles désolants auxquels nous sommes astreints depuis un temps de la part des militants de vos deux coalitions politiques (CACH et FCC) ne sont pas de nature à favoriser la paix et la cohésion nationale.

Excellence Monsieur le Président de la République,

A votre accession au pouvoir, vous vous êtes engagé à combattre avec détermination et sans complaisance la corruption, cette gangrène qui affecte au plus haut niveau notre société. Et à sa juste valeur, la NDSCI, qui fait du changement des mentalités et la lutte contre les antivaleurs son cheval de bataille, s’est même résolue de vous accompagner dans ce combat en initiant sa campagne nationale : « Zéro Corruption en RDC ». Hélas, au lieu de connaitre un recul, la corruption prend de plus en plus des proportions vertigineuses et se fait actuellement à ciel ouvert jusqu’aux institutions chargées de la réprimer.

Le spectacle désolant et humiliant que nous livrent les magistrats de la plus haute juridiction judiciaire, la Cour Constitutionnelle, est une véritable honte pour toute la République et pour l’ensemble du peuple congolais. Comme Magistrat Suprême, pareille situation ne devrait pas vous laisser indifférent. Il y a clameur publique ! Le peuple voudrait vous voir agir sans complaisance. Vous en avez le plein pouvoir !

Comment comprendre que des meilleurs élus soient invalidés et remplacés par des candidats moins et mal élus ? Comment comprendre que des élus qui n’avaient même pas de contentieux soient invalidés ? Le monde est-il devenu à l’envers ?

L’humanité toute entière est scandalisée par ce qui se passe actuellement à la Cour Constitutionnelle, une Cour taillée sur mesure par votre cher prédécesseur, devenu aujourd’hui votre allié et un modèle que vous ne cessez d’exalter partout où vous passez, ignorant tout le mal infligé au peuple congolais 18 ans durant, marchant et crachant même sur le sang de tous ces martyrs tombés sous ses balles avec pour unique péché d’avoir revendiqué l’alternance et plus de démocratie dans notre pays.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Faut-il vous rappeler qu’à la suite des graves présomptions de corruption ayant émaillé les élections sénatoriales du 15 mars dernier, votre autorité était amenée à suspendre même l’installation du Sénat ? Que s’est-il passé entre temps pour que vous reveniez sur votre décision, qui était pourtant bien saluée et soutenue par la majeure partie de la population congolaise ? Que sont-elles devenues les enquêtes, par vous, diligentées ? La population s’attendait à vivre pour la première fois des sanctions infligées aux corrompus et corrupteurs. Mais, jusqu’à ce jour, c’est le silence radio, le silence complice ou le silence coupable. Les corrompus et corrupteurs siègent au sénat et dans nos assemblées provinciales. D’autres corrompus et corrupteurs gouvernent certaines provinces. Excellence Monsieur le Président, pensez-vous vraiment, avec pareilles attitudes couplées à une impunité érigée en règle, venir à bout de ce fléau qu’est la corruption ?

Pensez-vous « déboulonner » les mauvaises pratiques avec des simples annonces tapageuses non suivies des sanctions réelles ? Devons-nous parler du changement ou de la continuité ?

Excellence Monsieur le Président de la République,

Le temps ne s’arrête pas. Votre mandat court. Certes, le pays a besoin d’une diplomatie agissante, mais, il nous semble qu’au vu des urgences au pays, ça serait plus vitale pour la République que vous puissiez sursoir à vos multiples voyages pour vous occuper des urgences nécessitant votre présence physique. Le peuple vous observe et vous a à l’œil. Ce peuple qui n’est plus du tout dupe, est en train de comprendre petit à petit les dangereux jeux que vous lui jouez, vous et vos alliés du FCC. Soyez rassuré qu’il ne vous laissera pas faire. Le moment venu, sans trop attendre que le navire s’engouffre davantage, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile, de concert avec d’autres forces vives et sociales, reprendra avec les actions citoyennes de grande envergure en vue de sauvegarder ce qui peut encore l’être et ne pas permettre que la démocratie pour laquelle nous nous sommes battus soit boutée en brèche.

Excellence Monsieur le Président de la République,

Pour terminer cette lettre, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, esclave de la justice et de la vérité et au vu du tableau peint et du péril qui guette notre Nation, vous réitère sa patriotique demande : « Affranchissez-vous avant qu’il ne soit tard de tout accord qui ne rentre pas dans l’intérêt suprême de la Nation congolaise et vous aurez le soutien de l’ensemble du peuple congolais ».

Elle vous prie également de (d’) :

  • Arrêter momentanément vos incessants et couteux déplacements à l’étranger afin de vous occuper des urgences extrêmement graves qui nécessitent votre présence physique et permanente au pays. Avec un gouvernement investi, vous rendrez encore mieux des loyaux services à la République et l’honorerez en respectant certaines règles et pratiques diplomatiques qui sont régulièrement violées lors de certains de vos missions à l’étranger par absence de ce gouvernement ;
  • Procéder, toutes affaires cessantes, à la nomination du gouvernement de la République. Un gouvernement de la rupture et non de la continuité. Le peuple congolais est fatigué des mêmes noms et dinosaures qui pillent le pays depuis Mobutu en passant par Mzee Kabila, Joseph Kabila et qui tiennent mordicus à demeurer aux affaires pour assouvir leur soif d’enrichissement. Le peuple congolais ne veut plus d’eux ;
  • Relever, le cas échéant, révoquer tous ces magistrats qui se seraient compromis et livrés à la corruption, conformément aux prérogatives qui vous sont reconnues par la constitution (Art. 82). Le peuple voudrait les voir croupir en prison et ça serait un signal fort dans la lutte contre la corruption ;
  • Ordonner et diligenter des enquêtes indépendantes sur la gestion des Provinces depuis la première législature de 2006 à nos jours afin d’établir les responsabilités et sanctionner les coupables ; ça servirait de leçon à tous les nouveaux gouverneurs ; seule la justice élève une Nation.Excellence Monsieur le Président de la République,

    Convaincue que la présente rencontrera votre patriotique attention, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en RDC, et à travers elle, toutes ces Congolaises et tous ces Congolais qu’elle sert, vous remercie non seulement de l’intérêt que vous accorderez à la présente, mais aussi et surtout des réponses que vous tâcherez d’apporter aux différentes préoccupations en vous servant notamment des dispositions de l’article 69 de la Constitution de la République. Le peuple congolais souffre ; le péril en la demeure… ! Il n’est jamais tard pour mieux faire.

    Sentiments patriotiques.Pour la NDSCI,

    Jean Chrysostome KIJANA,

     

    Président National