Pour un petit rappel historique, c’est depuis 2010 que le Président Joseph Kabila aurait acquis, en violation des règles en la matière, une concession de terre à Mbobero qui est un petit village situé à 10 km de la ville de Bukavu, capitale de la Province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo.

La population de cette entité, à l’instar d’autres congolais, est constituée des paysans très pauvres, misérables même qui vivent que des travaux champêtres sur un sol moins productif. En dépit de leur précarité, il y en a qui sont parvenus à se construire des petites maisons, certaines en brique, d’autres en bois.

En effet, le Mwami (Chef traditionnel) de Kabare, qui a juridiction sur Mbobero, dans les années de la colonie avait attribué une partie de ses terres à Mr Michaux, colon belge. Avant de quitter le pays, en 1973, Mr Michaux, n’ayant pas la possibilité de donner le décompte final à ses ouvriers, attribua à chacun d’entre eux une partie de terre, avec le titre foncier relatif. Il laissa aussi à son secrétaire Mihigo un petit espace incluant seulement la maison de M. Michaux. De toute sa concession, Michaux, ne vendit qu’une partie, à Me Mamboleo, son collaborateur.

Mihigo finit par penser que toute la concession lui appartenait et chercha tout de suite d’en éloigner les gens qui y habitaient, mais ceux-ci recoururent à la justice et gagnèrent la cause contre lui devant le Tribunal de Grande Instance du Sud-Kivu à Uvira, y séant en matière civile et commerciale au premier degré, dans son jugement du 08 septembre 1982. Il s’agit des mandataires :

  1. LUFUNGULO MPARANYI
  2. SHAMAMBA KASHEBERA
  3. SHINDANO SHANZIGE
  4. KARUBANDIKA BUHENDWA
  5. CHAMUKENGE HONGO
  6. NDAGANO BITAHA
  7. MUSHOBEKWA MIRINDI
  8. MUDERHWA NYAMWATA

Et curieusement aujourd’hui tous ces mandataires se retrouvent dépossédés par la force de l’ancien Président Kabila de leurs terres.

En dépit de ce jugement et tant d’autres décisions administratives et judiciaires contre M. MIHIGO, le sénateur Kabila a acquis par des voies malhonnêtes se cachant derrière son pouvoir de Président de la République, via ses émissaires, notamment Me NKULU (son avocat personnel et aujourd’hui siège comme magistrat à la Cour Constitutionnelle, oeuvre du même Kabila avant son départ de la Présidence), M. Norbert KANTITIMA (Vice-Président démissionnaire de la Commission Nationale Indépendante, « CENI »).

En lieu et place d’un dialogue ou d’analyses topographiques indépendantes, sans chercher à recourir à la justice, seule habilitée à régler les litiges fonciers entre citoyens, fut-il, Président de la République, ce dernier préféra recourir à la voie de la force utilisant les éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), dont sa garde prétorienne, les éléments de la Police Nationale Congolaise, la justice militaire et civile, les services techniques de l’Etat comme le cadastre, les Titres fonciers et immobiliers, la Division de l’urbanisme et habitat,…Il n’existe à ce jour aucune décision de justice ordonnant ces démolitions. C’est ainsi que dans la matinée du 30 janvier 2016, sous la supervision de sa femme, Madame Olive Lembe Kabila et en présence de fois des plusieurs autorités politico-administratives, dont M. Marcellin CHISHAMBO, Gouverneur de la province du Sud-Kivu de l’époque, les responsables de l’armée : le général Jonas KANAKANGE (de la PNC), Généraux Jean Pierre MULONDO et Espérant MASUDI des FARDC, les vagues des démolitions ont commencé.

Le Bilan actuel fait état de centaine des maisons démolies faisant de plus de 2500 personnes des « sans abri », trois morts et plusieurs blessés, une école et une église démolies, la démolition de l’hôpital moderne (le seul Centre Neurochirurgical de la partie Est du pays si pas de tout le pays). Cette situation provoqua l’obstruction des soins de santé administrés aux malades et l’expulsion ordonnée de 16 patients hospitalisés de leurs salles de soin pour des destinations inconnues, parmi lesquels : 3 enfants, 4 femmes en post-partum, 2 Césarisées, 1 Tétraplégie sur une myélopathie cervicarthrosique en attente de chirurgie de décompression médullaire, 1 Paraplégie sur compression médullaire lente dorsale en cours d’investigation, 1 Cardiopathie Hypertensive avec insuffisance rénale, 1 tumeur abdominale suggestive de lymphome, 1 Epanchement pleurale, 1 Processus expansif intracrânien, 1 patiente en pleine intervention chirurgicale,… « Ceci constitue une véritable torture tant physique que morale et un traitement inhumain et dégradant. Pareils actes sont constitutifs des crimes contre l’humanité sanctionnés par les statuts de Rome, notamment à son article 7 », avait lancé le Dr KACHUNGUNU, propriétaire de l’hôpital.

Alors qu’il est de notoriété publique qu’on ne s’attaque pas, même en temps de guerre, aux installations sanitaires, l’Etat congolais ne s’est pas empêché de démolir cet hôpital en commençant par l’interruption du groupe électrogène qui alimentait la salle opératoire où une femme était sur le lit opératoire subissant une césarienne. L’équipe médicale ayant été obligée de la transporter et parachever l’intervention sur la pelouse en plein air, occasionnant ainsi la mort du bébé sur le champ et celle de la mère quelques heures plus tard. « Quelle cruauté humaine de la part de ceux-là qui ont pour mission de sécuriser et protéger les citoyens  ??? », s’est questionné le Dr KACHUNGUNU. Pour lui, ce qui se passe à MBOBERO  « C’est le triomphe de la loi du plus fort ».

Dès lors, la population de MBOBERO est soumise à un véritable drame humain et des exactions de tous genres, des graves crimes contre l’humanité s’y commettent. Malheureusement, par peur, au vu des acteurs impliqués dans ce dossier, le tout se fait dans une indifférence totale. Les organisations de défense de droits de l’homme, témoins de ces situations, se réservent par crainte des représailles. La seule organisation qui s’implique et accompagne les victimes de ces démolitions et expulsions forcées, à savoir la Nouvelle Dynamique de la Société Civile, NDSCI, en paie le lourd-tribu. Ses animateurs sont continuellement traqués, menacés et intimidés.

C’est ainsi qu’en avril dernier après plusieurs tentatives de passage en force boutées en échec, la famille de l’ancien Président s’est résolue de rencontrer les victimes. Une délégation, composée de Madame Olive Kabila, l’épouse du sénateur Joseph Kabila, du Pasteur Théodore Mugalu, Responsable de la maison civile de l’ancien Chef de l’Etat, de Monsieur Norbert Kantitima, notable du Sud-Kivu et Vice-président de la CENI de l’époque et de Madame Elodie Ntamuzinda, fille du terroir et conduite par l’épouse du sénateur est venue à Bukavu pour résoudre une fois pour toute ce conflit qui n’a que trop duré. Malheureusement la délégation, au lieu d’impliquer les vraies victimes et les vrais mandataires pour engager un véritable dialogue entre partie en conflit, ayant pris pour médiateur le bureau de coordination de la société civile de Bukavu (il sied de signaler qu’elle était la première organisation de défense des droits de l’homme contactée par les victimes pour les accompagner et qui a refusé) et ceux qui ne maîtrisent pas ce conflit, a conclu un accord dans la salle Mgr. Kaningu, que les victimes, les vraies, qualifient de « messe noire » ou « d’accord entre Kabila et ses partisans ». Dans cet « accord dit de Kaningu », il est écrit que la famille de l’ancien Président Joseph Kabila cède 17ha dont 8ha et une enveloppe de $80 000 aux victimes et 9ha à l’église catholique.

Faisant couler encre et salive, la bipartite comité des victimes et mandataires est sortie de son silence et a décidé de fixer l’opinion.

« Les 8ha et les $80 000 donnés aux victimes, est-ce un aveu ou une réparation ?», s’interroge M. Joseph Zahinda, Président du Comité des Victimes avant de continuer en disant que « la population de Mbobero veut que chacun soit rétabli dans ses droits ». Estimant ensuite qu’il y a fausseté et mensonge dans ce conflit, le Président du comité des victimes continue en ces termes « Dans l’accord dit de Kaningu, la pluaprt des signataires ne sont ni mandataires, ni victimes. Outre cela, les médiateurs ont utilisé le faux et l’usage des faux en mettant sur la liste des signataires les noms et signatures de personnes n’étant pas pourtant présents dans la salle et ne reconnaissant pas avoir signé cet accord. Puisqu’on ne peut faire la paix que dans la justice, c’est ainsi qu’avant d’accepter toute donation émanant du sénateur Joseph Kabila, nous exigeons la reconstitution des limites. Cette démarche nous permettra de déterminer qui a exproprié qui et permettra un dédommagement des victimes ».

Pour conclure, le Président des victimes lance un appel :

  • Aux autorités : « Nous les interpellons à ne plus avoir le droit à l’erreur. Ils doivent prendre leur responsabilité en main ».
  • A la famille du sénateur Kabila, qu’il qualifie d’être trompée par certains de ses collaborateurs « Que la famille de l’ancien Président Kabila sorte de cette tromperie et s’assoie avec les victimes pour un dialogue franc afin que la vérité soit connue ».
  • Aux victimes, « Il les invite à rester unies comme un seul homme et confiantes à Dieu, maître des temps et des circonstances. La victoire approche », lance-t-il.

Contrairement à ce qui se dit, Baguma Kameme Matthieu, Porte-parole des Mandataires, nous confie que la population de Mbobero n’est pas contre le dialogue. « Nous n’avons pas refusé de parler avec la famille de l’ancien Président. D’ailleurs le 30 avril 2019 sur invitation de sa femme, nous avons manifesté notre respect à la délégation venue de Kinshasa en allant dans sa résidence de Mbobero, où nous avons été tirés dessus à balle réelle par les éléments de la garde républicaine commis à sa parcelle (Monsieur Shabani a été atteint par balle à la main droite) et trois animateurs de la NDSCI et une femme victime ont été capturés par la garde républicaine et torturés avant d’être libérés tard dans la soirée. Nous sommes prêts au dialogue, mais il faut qu’elle évite ce qui peut diviser les gens, parce que nous sommes une communauté de citoyens, nous n’avons pas besoin de nous diviser à cause du pouvoir ni de l’argent sale », lance-t-il.

Il continue en suite en disant qu’ils ne désarmeront pas avant que la justice ne soit faite : « Puisque toute personne a droit à une habitation et à la paix, nous continuerons notre lutte non-violente et nous demandons à la Nouvelle Dynamique de la Société Civile (NDSCI) de continuer à nous accompagner ».

Le Porte-parole termine par un appel à l’unité de toutes les victimes : « L’intérêt des politiciens est de nous diviser, que nous nous entretuions. Supportons, patientons, n’acceptons pas n’importe quoi, parce que même si une personne souffre il n’est pas dit qu’elle en mourra. Je nous demande de rester unis et je nous invite à retourner nous asseoir au même endroit, comme des enfants d’un même père et d’une même mère. Nos difficultés, que nous les pleurions au même endroit, jusqu’à ce que Dieu veuille que nous obtenions la paix. Les fils d’Israël ont vécu en souffrance en Egypte beaucoup d’années, mais ils ont vécu dans la paix chez eux. Acceptons donc de souffrir pour le moment, un jour, même si ce ne sera pas nous, nos enfants recevront les bons fruits de la sueur que nous versons aujourd’hui ».

« La personne qui veut t’anéantir, commence par ton épouse, ton champ, ton enfant », disent les shis, a lancé Ntaboba Lufungulo, victime de Mbobero avant d’inviter les victimes à l’unité « Nous invitons la population de Mbobero à continuer à être unie, jusqu’à ce que Dieu nous aide. Nous continuerons à rechercher la justice, même si on dit qu’aujourd’hui au Congo la justice est la résultante des rapports sociaux entre les acteurs.

Ceux qui ont le pouvoir, l’ont montré en frappant le peuple et en continuant à l’égorger comme une poule » et à continuer la lutte « Notre situation étant aujourd’hui de grande souffrance, n’arrêtons pas la lutte, une lutte non-violente et soyons prêts même au sacrifice suprême, s’il le faut, pour que demain nos enfants sachent que c’est par la lutte que nous avons acquise notre terre. Grâce à Dieu, la justice surgira pour Mbobero. Ne nous décourageons pas. Luttons sans rien craindre jusqu’à ce que nous soyons remis dans notre droit. Nous mourrons, mais notre droit restera, nos enfants vivront chez eux tranquillement ».

Pour sa part, Joseph Bisimwa Ndagano, fils d’un ancien mandataire de Mbobero, qui qualifie la population de Mbobero de « pacifiste », lance un appel aux autorités, aux organisations de défense des droits de l’homme et à toute personne éprise de justice de les aider pour que justice triomphe dans ce dossier. « Nous sommes un peuple pacifiste. Depuis que l’ex-Président est venu chez nous, démolissant églises, hôpital nos maisons et faisant de nous non seulement « un peuple sans abri » mais également « un peuple sans dignité », il n’y a pas encore eu de revendication violente, et jusqu’à présent nous sommes dans ce rythme de la non-violence. Nous demandons aux organisations de défense des droits de l’homme de se joindre à la NDSCI pour nous aider à terminer ce conflit. Aux autorités et à la justice, nous les invitons à prendre leurs responsabilités et à diligenter une enquête indépendante pour tous ces crimes commis par le sénateur Joseph Kabila et Cie et que justice soit rendue. Parce que si les choses continuent ainsi, il peut y avoir un débordement et nous pouvons tomber dans la violence. Mieux vaut prévenir que guérir, disent les français. »