La démolition de l’hôpital moderne de Mbobero

Poursuivant son combat citoyen de la lutte contre les injustices sociales, la Nouvelle Dynamique de la Société Civile en République Démocratique du Congo, NDSCI-CHUNVI YA CONGO, structure qui accompagne les victimes des démolitions des maisons et spoliations de terres à Mbobero, Mbiza et Murhundu a facilité l’organisation d’un dialogue social ce samedi 29 février 2020 dans la salle Paroissiale de Mbobero en territoire de Kabare. Ledit dialogue a porté sur le conflit foncier qui oppose depuis 2016 l’ancien Président de la RD Congo, le Sénateur à vie, SE Joseph KABILA KABANGE à la population de Mbobero, Mbiza et Murhundu victimes des démolitions, spoliations et expropriations forcées et violentes de leurs terres.

Ce dialogue social, qui du reste n’est pas un tribunal, est un cadre d’échange qui avait pour but de permettre à tous les participants en général, les victimes et ceux qui les accompagnent en particulier, d’aboutir à des résolutions et recommandations concertées dans la recherche d’une solution durable et satisfaisante pour toutes les parties. Ces résolutions seraient mises à la disposition de l’hôte du jour ainsi  qu’à toute personne éprise de paix et cohésion sociale pour des plaidoyers à tous les niveaux.

Au cours de ce dialogue social, une vaste campagne d’information et sensibilisation sur MBOBERO a été lancée par la NDSCI. Il s’agit de la campagne : « Mbobero Forever », « Mbobero pour toujours », « Mbobero E myaka ne myaka » Avec des hashtag #JusticePourMbobero #MboberoNeverFall #MboberoNjoKwetu, Mbobero pour toujours est une campagne visant à appeler une mobilisation de tout bord pour que le sujet reste d’actualité et ainsi rappeler à notre voisin, l’acquéreur de Chez Michaux que Mbobero ne tombera jamais et elle est la terre de nos ancêtres quoi qu’il en soit et nous ne permettrons à qui que ce soit de nous le prendre par force. Elle va aussi s’atteler à lutter contre la désinformation et les manipulations de l’opinion dans ce dossier. Et aussi attirer l’attention du monde entier sur ce drame qui se passe sous la barbe et l’indifférence totale de la race humaine.

Profitant de ses vacances parlementaires, la NDSCI a fait appel au député National, Honorable Alfred MAISHA BISHOBIBIRI, élu de la circonscription de la ville de Bukavu, mais dont le mandat est aujourd’hui national.

D’entrée de jeu, M. Joseph ZAHINDA, Président du Comité de victimes de MBOBERO, a pris la parole pour souhaiter la bienvenue à tous les participants et remercier particulièrement la délégation de la NDSCI conduite par son Président National Jean Chrysostome KIJANA et celle de l’Honorable Alfred MAISHA avec à sa tête cet élu de proximité, pour avoir accepté de rehausser ces assises de leur présences.

Après le mot de bienvenue du Président des victimes, place était accordée aux intervenants du jour M. Jean-Chrysostome KIJANA, et le député national Me Alfred MAISHA, qui, avant toute chose ont réaffirmé leur ferme engagement de faire entendre les cris de détresse de la population de Mbobero, Mbiza et Murhundu, victimes de la loi du plus fort. Ils ont tous deux réitéré leur ferme détermination à poursuivre jusqu’au bout et à  tous les risques et périls avec ce combat citoyen pour la défense des droits des faibles et des opprimés.

Le 1er intervenant –M. Jean-Chrysostome KIJANA- après avoir remercié le député MAISHA pour avoir répondu positivement à cet appel, a passé en revue ce dont nombreux qualifient d’affaire Mbobero. Avec plus de 350 maisons démolies depuis janvier 2016, y compris un hôpital moderne sans tenir compte de la présence dans cet établissement sanitaire de nombreux malades qui, à l’arrivée des pioches et bulldozers des militaires lourdement armés n’ont eu qu’à se disperser dans la nature au risque de leurs vies. Pour ce vaillant défenseur des droits de l’homme, pareil sadisme relève des crimes contre l’humanité et mérite justice un jour.

Il a aussi rappelé  qu’à la suite de ces différentes vagues de démolition ( 2016 et 2018) plus de 2000 personnes, dont des femmes, enfants et personnes de troisième âge, ont été poussés à l’errance et vivent aujourd’hui dans la précarité extrême dans des familles d’accueil, elles-mêmes très démunies au départ.

Il n’a pas manqué aussi de rappeler que cette crise a déjà entraîne des pertes en vies humaines, dont celui très macabre d’un jeune de 22 ans, Cédric, abattu à bout portant en juillet 2017 par un élément de la Garde Républicaine de l’ancien Président Joseph Kabila pour tout simplement avoir refusé de lui céder son téléphone portable.

En plus de ces cas d’assassinats sommaires, plusieurs autres graves violations des droits de l’homme s’y commettent. Des femmes, âgées et moins âgées violées, dont certaines restées avec des grossesses et bébés sans pères (les auteurs de ces viols et grossesses, des militaires, étant appelés dans d’autres coins de la République).

Des enfants obligés d’être exfiltrés et passer entre des files barbelés pour aller le matin à l’école parce que leurs maisons encerclées par la grande clôture en cours de construction. Le petit transformateur acheté difficilement par cette pauvre population, elle aussi actuellement placée dans la clôture. Bref, une véritable prison à ciel ouvert, un véritable Guantánamo.

Après échec de toutes ces démarches et tentatives de récupération de ce dossier par ceux qui pensent qu’à eux-seuls ils peuvent trouver une solution sans impliquer les vraies victimes et acteurs, la population continue de souffrir au mépris et silence coupable de toutes les autorités. Toutes les autorités, dont celles provinciales, actuelles et passées, et y compris des élus de ce même peuple ont toujours eu peur même de citer le simple nom de MBOBERO pour beaucoup parler de Mbobero équivaudrait à parler de l’enfer craignant des représailles et pertes de leurs intérêts politiques.

Ce qui est déplorable est que même les grandes organisations de défense des droits de l’homme sont restées toutes dans la peur et crainte des représailles au vu de la qualité de l’un des acteurs au conflit.

Il a fini son speech en invitant les uns et les autres à demeurer dans la non-violence et à privilégier la paix et la cohésion sociale. Il a fustigé et découragé les divisions qui sont aujourd’hui nettement visibles au sein de la communauté et les a prié à mettre leurs intérêts égoïstes de côté afin de privilégier l’intérêt commun et de vivre dans l’harmonie et la cohésion sociale.

Après ce tableau sombre ci-haut peint, les victimes ont entrepris beaucoup des démarches dans l’optique de trouver une solution à l’amiable, a aussi informé JC KIJANA en ces termes : « C’est à cet effet que les victimes avec notre accompagnement ont rencontré, à l’hôtel Panorama, la délégation de l’ancien Président SE J. Kabila conduite par le Responsable de sa maison civile, le Pasteur Théodore MUGALU et à qui cahier de charge clair a été remis. Mais qui n’a pas eu de suite jusqu’à ce jour ». Tout en prenant le soin de préciser que le dialogue reste la voie royale pour une issue définitive et satisfaisante de cette crise qui n’a que trop durée.

C’est par ces mots qu’il s’est arrêté, laissant la place à l’hôte du jour : l’Honorable Alfred MAISHA, Député National UNC, qui, après avoir écouté, a reconnu que n’étant pas ni à gauche encore moins à droite, la vérité se trouve au milieu. Ayant un mandat national, cet élu de la ville de Bukavu n’est pas venu faire la politique ou défier ses collègues de Kabare mais accomplir son devoir.

Rentrant dans le cadre de ses vacances parlementaires et après avoir suivi ce conflit avant même qu’il ne soit député, celui dont la plupart hésitent entre Me et Hon. MAISIHA a promis de faire entendre la voix des victimes à tous les niveaux.

S’agissant de la mascarade de Kaningu ou accord pour certains, l’élu de Bukavu n’est pas passé par le dos de la cuillère. Pour lui, cet accord est une honte et une nième tromperie dans laquelle a été embourbé SE J. Kabila par des faux acteurs et des fausses victimes fabriquées de toute pièce. Il a profité pour dire à tous ces faux acteurs de prendre le courage de dire au sénateur à vie qu’ils l’ont dupé et bouffé inutilement son argent et de lui présenter ses excuses  au lieu de continuer à lui opposer inutilement à ses compatriotes qui sont et resteront ses voisins.

Ce conflit étant aussi humanitaire, le gouvernement ou toute personne de bonne volonté devrait apporter son soutien à la population. Il s’est engagé à faire des plaidoyers pour une assistance humanitaire. Des plaidoyers auprès du Directeur de cabinet du Président de la République, l’Honorable  Vital Kamerhe qui est parmi ces rares responsables publics à être intervenu avec une assistance humanitaire au profit des victimes de Mbobero.

Après les deux présentations, la parole a été accordée en toute liberté aux participants pour qu’ils expriment et formulent des recommandations et résolutions. Pendant plus d’une heure trente, près de 30 personnes se sont exprimées.

A l’issue de ce dialogue social franc et sincère les résolutions suivantes ont été prises :

  1. Exigeons la reconstitution des limites par une équipe des géomètres indépendants ;
  2. Rejetons en bloc et de manière catégorique les accords –fantaisistes et de la honte- de Kaningu. N’impliquant pas les vraies victimes, ils n’engagent que leurs signataires ;
  3. N’ayant plus confiance aux différents émissaires et n’étant pas contre le dialogue –gage de paix et de réconciliation durables– nous exigeons un dialogue direct et franc avec notre nouveau voisin : le Sénateur à vie SE Joseph KABILA, lui-même;
  4. Eu égard aux multiples atrocités et abus causés par les militaires commis à la garde de cette concession querellée, exigeons la démilitarisation de Mbobero sans condition et cela dans un délai de 7 jours. Nous sommes au bout de notre patience et nous sommes plus disposés à tout subir comme des moutons qu’on amène à l’abattoir ;
  5. Exigeons la fin de l’état de siège que vit Mbobero pour permettre à la population et particulièrement à nos enfants de circuler librement –pour ne fus qu’aller à l’école et quitter cet état de traumatisme permanent dans lequel ils sont embrigadés- ;
  6. Décidons de déclencher des poursuites judiciaires contre tous ces militaires et autres auteurs de graves violations des droits humains et sollicitons l’accompagnement de toutes les organisations qui se disent de défense des droits de l’homme tant au niveau local, national qu’international ;
  7. Prenons l’engagement d’œuvrer pour la cohésion sociale et la paix de toutes les filles et tous les fils de Mbobero et ses environs. Nous refusons la politique de « diviser pour mieux régner » qui est utilisée jusque-là pour nous écraser davantage ;
  8. Appelons les organisations à caractère humanitaire et toute autre personne de bonne volonté de nous venir en aide pour l’érection de notre camp de sinistrés où nous serons obligés de rester dans les tous prochains jours jusqu’au jour nous serons remis dans nos droits;
  9. En cas de non-respect de ces résolutions, décidons d’initier une plainte à charge du Président honoraire SE Joseph Kabila. Et nous réservons le droit de recourir aux juridictions régionales et internationales pour obtenir justice.

Commencé à 15h, ce dialogue social s’est terminé aux environs de 17h30 dans une ambiance et détermination sans pareilles.

Pour le Comité des victimes,

Joseph KASANZI,                                                   BAGUMA KAMEME,

Président                                                                      Porte-Parole