RAPPORT D’OBSERVATION DU CONFINEMENT DE LA VILLE DE LUBUMBASHI

JUIN – 2020

PLAN SOMMAIRE

INTRODUCTION
PRESENTATION DE L’OBSERATOIRE
CONSTATATIONS DE L OBERSVATOIRE
RECOMMANDATIONS
CONCLUSION

INTRODUCTION

Depuis le 10 Mars 2020, la République Démocratique du Congo a connu son premier cas de coronavirus dans la ville province de Kinshasa. De ce fait plusieurs mesures avaient été prises en ce compris l’isolement de la ville de Kinshasa suivi de la mesure d’état d’urgence approuvée par l’Assemblée Nationale et le sénat à cinq reprises.

Nonobstant l’isolement de la ville de Kinshasa, il a été fait un constat selon lequel d’autres provinces se trouvent être touchées par les cas de contamination avec les statistiques de contamination jusqu’au 21 juin 2020 qui se présente de la manière suivante :
5 925 cas (un probable) dont 135 décès (un probable) et 856 guéris
12 provinces touchées : Kinshasa (5 286 cas), Kongo Central (270 cas), Haut-Katanga (183 cas), Sud-Kivu (108 cas), Nord-Kivu (65 cas), Tshopo (3), Kwilu (3 cas), Ituri (2 cas), Kwango (1 cas), Haut-Lomami (1 cas), Haut-Uele (1 cas) et Équateur (1 cas).

L’examen de ces statistiques fournies par l’équipe de riposte démontre à suffisance une montée des cas dans la Province du Haut-Katanga qui dans l’espace de 3 semaines a enregistré plus de 50 cas de contaminations à la COVID-19.

C’est dans ce contexte de la propagation vertigineuse des cas de contamination dans le Haut-Katanga qu’il a plu aux autorités provinciales de prendre la mesure de confiner les villes de Lubumbashi, Likasi et Kipushi dans le seul but de rechercher les contacts des personnes contaminées pour ainsi diminuer d’autres risques de contamination.

C’est en tenant compte du fait de la décision de confinement qui entraine la restriction de la liberté de mouvement de la population de la part des forces de sécurité dont les éléments des forces armées congolaises, ceux de la police nationale congolaise ainsi que des services de renseignements vis-à-vis de la population qu’il a été opportun pour l’Observatoire Citoyen Covid-19 de se lancer dans une mission d’observation dans le seul but de s’assurer du bon déroulement de cette opération en mettant un accent particulier sur le respect des principes universels garantis par les instruments juridiques internationaux et nationaux relatifs aux Droits de l’Homme.

Pour rendre concrète cette mission d’observation, l’Observatoire Citoyen Covid-19 s’est approché du Gouvernement Provincial du Haut-Katanga pour obtenir des documents ayant permis à ses membres de circuler sur toute la ville de Lubumbashi en toute quiétude. Ceci est donc une occasion pour l’Observatoire Citoyen Covid-19 de remercier le Ministère Provincial de l’intérieur qui a accordé ces facilitations.

PRESENTATION DE L’OBSERVATOIRE
L’Observatoire Citoyen COVID-19, Oc-COVID-19 est une plate-forme d’organisations de la société civile congolaise impliquées dans la lutte contre la pandémie de la COVID-19.

L’observatoire, qui a son champ d’action sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo, poursuit les objectifs suivants :
Assurer le contrôle de l’action du Gouvernement s’inscrivant dans la lutte contre Covid-19 et fournir des critiques et propositions de ladite action ;

Contribuer par des actions citoyennes à lutter contre le CORONA Virus et à amplifier les mesures de prévention décidées par les autorités ;

Lutter contre toutes les formes de violations des droits humains sous prétexte du combat contre Covid-19 (la lutte contre Covid-19 ne doit pas être l’occasion d’enfreindre ni de violenter les droits humains) ;

Mobiliser la société civile et les partenaires internationaux dans le cadre de cette lutte afin d’avoir pour priorité l’intérêt suprême des citoyens en général et des plus démunis en particulier ;
Amener les décideurs publics à impliquer activement la société civile dans le combat contre Covid-19 et à prendre en compte les différentes contributions et considérations des citoyens.

CONSTATATIONS DE L’OBERSVATOIRE A LA SUITE DE LA MESURE DE CONFINEMENT DE LA VILLE DE LUBUMBASHI

Respect de la mesure de confinement par la population
Les habitants de la ville de Lubumbashi sont restés dans leurs maisons par crainte d’être appréhendés par les forces de sécurité déployées la nuit du vendredi 19 au dimanche 21 juin 2020, sur les grands artères, tandis que dans les avenues et ruelles des quartiers périphériques, quelques habitants étaient aperçu et ce  sans le moindre respect des gestes barrières dont le port des masques.

Beaucoup de ceux qui ont été rencontrés par l’équipe de monitoring n’ont pas très bien compris le sens même de ce confinement pour dire que la maladie liée à Corona virus n’était pas réelle.

Droits de l’homme violés
Arrestations arbitraires
En vue de faire respecter la mesure de l’autorité interdisant toute circulation des paisibles citoyens de la ville de Lubumbashi, plusieurs check-points ont été mis en place où plus d’une vingtaine de personnes y ont été arrêtées.

Une dizaine d’entre elles dont une femme enceinte a bénéficié du plaidoyer mené par l’équipe d’observation auprès des éléments de la police nationale congolaise qui tenaient les cheik point que voici :
Rond-Point TANK (commune Rwashi)
Rond-Point Kilobelobe – Manono  (Commune Annexe)
Commissariat KASAPA,
Avenue Centrale coin Circulaire / Kenya.

Cependant, le check-point du Marché Zambia dirigé par un commissaire principal de la PNC du commissariat Luwuwoshi est le seul où plus ou moins 10 personnes ont été arrêtées avec la plus grande brutalité et conduit à une destination inconnue jusqu’à présent.

10 femmes qui venaient d’un deuil ont été arrêtées le dimanche 21 juin 2020 aux alentours de 12 heure par les éléments FARDC de l’Unité réaction rapide/URR qui géraient le check-point de la station GPM sur la route de Kamasaka.

Deux autres personnes ont été retrouvées au cachot de l’Escadron de la police / ville de Lubumbashi où ils sont détenus pour n’avoir pas portés les masques , il s’agit de :
Mr Benoit KISALA, arreté à la Kenya
Mr Mike MBAYO, arreté à la Kamalondo
Il convient de noter que certaines arrestations ont été opérées avec des véhicules qui ne sont ni de la police, ni des forces armées congolaises et ce  sans plaque d’immatriculation. Il y a donc risque que certaines familles ne retrouvent pas les leurs après l’opération de confinement de deux jours décrété par le gouvernement provincial au vu de cette pratique qui n’a pas auguré une bonne image des forces de sécurité.

Extorsion des biens et d’argent
Plusieurs check- point se sont transformés en lieux d’extorsion des biens et d’argent de la part des agents de la police et des forces armées congolaises.
Il y a des jeunes gens qui se sont vu obligé de payer 5000 fc ou plus pour n’avoir pas respecté la décision de confinement , et ce  sans contrepartie d’une quittance. Par contre ceux qui n’avaient pas d’argent sur eux ont été privés de leur liberté de mouvement pendant plusieurs heures.

Droit à l’alimentation
Les forces de sécurité qui ont été mises à contribution n’ont pas été pris en charge correctement pour ce qui est de l’alimentation, chaque policiers déployés sur terrain ne bénéficiait que d’un pain , une bouteille de sucrée et une boite de sardine. Ceci est autant insuffisant que ça ouvert une brèche pour certains policiers de se livrer à des actes d’extorsion d’argent et des biens même à l’endroit de ceux qui justifiaient leur mouvement pour cause de maladie.

Désinfection des endroits publics
La mairie de la ville de Lubumbashi a saisi l’occasion du confinement pour désinfecter certains lieux publics , notamment le marché Mzee Kabila. Ceci est un acte à saluer car contribuant non seulement à limiter la propagation du Corona virus mais aussi à permettre à la population de la ville de Lubumbashi de vivre dans un environnement sain.

Présence des check-points tenus ou contrôlés par des personnes en tenues civiles
A la limite des Communes Kampemba et Annexe, précisément au niveau du Pont Lapofa, avenue la vallée, les personnes qui géraient le check-point n’étaient pas identifiées comme de la police ou des fardc durant les deux jours de confinement, ils se réclamaient être de T2 , au point que la population de ce quartier s’est révoltée contre ceux-ci car les considérant comme étant des bandits ayant le seul objectif de rançonner les paisibles citoyens.

Bonne collaboration entre l’équipe de monitoring et les forces de sécurité.

Les forces de sécurités déployées sur terrain ont démontré une meilleure collaboration avec l’équipe d’observation qui n’a pas hésité à se lancer dans les actions de plaidoyer ayant conduit à la libération de plusieurs personnes détenues à différents endroits.

Le cas le plus illustratif est celui de la Katuba route Salongo coin Mulongo , avenue centrale coin circulaire , commissariat kasapa, rond-point Kilobelobe – Manono pour ne citer que ça , où plusieurs personnes qui avaient été arrêtées pour n’avoir pas respecté la mesure de confinement ont été relaxées. Le dialogue engagé avec les commandants de ces check-point reste un acte à encourager.

RECOMMANDATIONS

Au Gouvernement provincial du Haut-Katanga
De continuer à sensibiliser les habitants de la province du Haut-Katanga avec des véhicules de sonorisation sur les gestes barrières pour lutter contre la propagation de la covid-19 ;

De poursuivre avec les initiatives visant à réduire la propagation de la maladie au Corona virus notamment en interdisant les attroupements lors des obsèques ;

D’associer les acteurs de la société civile du Haut Katanga, en l’occurrence l’Observatoire Citoyen Covid-19, dans les séances de sensibilisation sur la lutte contre la covid-19 ;

De présenter une cartographie des centres de santé qui travaillent en partenariat avec le ministère provincial de la santé dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 pour permettre à la population de se faire dépister ;

D’améliorer les conditions de travail du personnel soignant qui se trouve à la première ligne dans ce combat contre Covid-19

Aux autorités judiciaires de la province du Haut-Katanga

D’ordonner la libération sans condition de toutes les personnes arrêtés et détenus à la suite de la mesure de confinement du 20 et 21 juin 2020

Au Commissaire Provincial de la Police Nationale Congolaise

De veiller au comportement des policiers en leur prodiguant des conseils en matière des droits de l’homme pour ne pas être auteurs des violations des droits humains lors des opérations visant à lutter contre la propagation de la COVID-19 ;

De positionner sur chaque cheik point à la prochaine opération de confinement un OPJ assermenté pour éviter des dérapages ;

De sanctionner de manière exemplaire tout élément de la PNC qui se serait illustré dans les violations des droits humains
D’encourager les policiers sur terrain à privilégier le dialogue avec la population pour faire comprendre le sens de toute démarche liée à la lutte contre la COVID-19

CONCLUSION
Il était important ici de saluer l’initiative du Gouvernement Provincial du Haut Katanga qui a pris la décision de confiner la ville de Lubumbashi pendant deux jours pour tracer les contacts des cas contaminés.

Cependant, des efforts doivent être fournis pour que la population ait la bonne information sur le bien-fondé de cette démarche.

L’Observatoire Citoyen Covid-19 réitère sa ferme détermination à accompagner, dans un élan de citoyenneté responsable, les autorités provinciales du Haut Katanga dans le combat contre Covid-19, lequel combat doit demeurer collectif et non être perçu ou abandonner aux seuls gouvernants.