La famine est pire que la guerre : rendez-nous nos parcelles ! 

Marko est un père de famille qui, sur le bord d’une avenue de Bukavu, répare les souliers. Trop peu pour nourrir une femme et six enfants. Dans le temps, il avait aussi un champ à Mbobero… Voci son témoignage du mois de juillet 2019.

 

Quel est votre nom et où habitez-vous ?

Mon nom est Marko. Je vis avec ma femme et nos six enfants dans le secteur de Kangulu, dans la paroisse de Mbobero; en plus, dans notre cour, il y a aussi mes petits frères et leurs familles. J’avais un champ à Mbobero, qui nous aidait : c’était l’héritage que nous a laissé ma belle-mère. Nous y cultivions surtout du manioc et un peu de haricots. On pouvait récolter 200 kilos de manioc. Quand nous avions cette récolte à la maison, nous savions que la famine aurait diminué. C’est mon épouse surtout qui cultivait ce champ.

Quand est-ce que le problème est arrivé ?

Le problème a commencé quand Mr. Joseph Kabila a pris des champs à Mbobero, y-compris le nôtre. C’était en février 2018, quand il y a eu démolition des maisons et saisie des champs.

Vous a-t-on défendu d’entrer dans votre champ ?

Oui. Les soldats surveillaient et défendaient l’accès aux champs.

A ce moment-là, aviez-vous au moins déjà récolté ?

Le manioc se trouvait encore dans le champ, mais nous n’avons plus eu accès à notre champ. Les femmes des militaires qui gardaient la résidence du Chef, ont payé des personnes venant d’ailleurs pour récolter dans nos champs. Et jusqu’à présent, ce sont eux qui gardent ces parcelles.

En quoi ce manioc vous aidait ?

Nous savions que quand ce manioc était mur, nous n’avions plus besoin d’acheter la farine. Il suffisait d’avoir un peu de légumes (buchungu, lengalenga) et nous mangions. Aujourd’hui nous devons acheter le sel, la farine, et nous n’en avons pas les moyens.

Vous le vendiez aussi ?

Nous faisions moudre le manioc et quand nous n’avions rien à manger avec, nous vendions dix ou vingt kilos de farine et nous achetions un peu de légumes ou de poissons. C’était comme notre réserve, toute notre vie. Depuis qu’il a pris ce champ, nous n’avons plus d’autre moyen de survie.

Ce champ vous permettait-il de scolariser vos enfants ?

Oui, grâce à ce champ, quatre enfants de mon petit frère et trois des miens allaient à l’école, un à l’école secondaire et les autres à l’école primaire. Aujourd’hui ils ne vont plus à l’école.

Cette année comment cela s’est passé ?

J’ai fait tout mon effort pour envoyer mes enfants à l’école. Arrivés au quatrième, cinquième mois, je n’ai plus eu la force de les faire étudier : tous ont abandonné l’école et sont restés à la maison.

Comment faites-vous à l’occasion de maladies ?

C’est tout un défi. Quand nous souffrons beaucoup, j’emprunte de l’argent chez quelqu’un, mais je ne parviens pas à le rendre. Nous vivons seulement de mon travail de cordonnier.

De ce champ, aviez-vous les documents ?

Ma femme connait où ce document est déposé. Ma belle-mère l’avait acheté chez Mr. Fungulo, qui lui avait donné le document.

Quand ce Chef est arrivé et a dit d’avoir tout acheté, qu’est-ce que vous avez pensé ?

Il ne nous a pas dit qu’il avait acheté. Vu qu’il saisissait nos terres, nous espérions qu’il nous aurait donné quelque chose.

N’avez-vous rien reçu de ce Chef ?

Même pas 100 francs. Il a tout simplement saisi. Nous sommes nombreux en train de souffrir.

Si vous étiez devant lui, qu’est-ce que vous lui diriez ?

Je n’ai pas envie d’être en face de lui. Il nous a fait beaucoup de tort, à nous, à ces enfants qui n’étudient plus, il nous a fait souffrir, il nous tue de tous côtés : famine, insécurité …

La famine c’est comme une guerre…

Oui, et pire que la guerre. Au moins la guerre des coups de balle, mais la guerre de la famine fait beaucoup souffrir.

Comment vivez-vous à présent ?

Par grâce de Dieu. Quand nous cultivions, c’est en ce mois de juillet que nous moissonnions le manioc, maintenant…

Si quelqu’un venait en ces jours chez vous, qu’est-ce qu’il vous verrait manger ?

Nous commençons à vivre des aides des voisins. Si nous recevons quelques centaines de francs, nous achetons une assiette de farine et nous mangeons.

Vous voyez donc que ce Chef vous a fait un grand tort…

Il nous a tués de tous côtés.

Peut-être d’un côté êtes-vous étonné de voir qu’un Chef comme lui vient chercher ce petit bien que vous aviez…

Nous pensions qu’il nous aurait ajouté quelque chose au peu que nous avions. Or, c’est lui qui est venu nous voler…

On dit qu’il a rendu aux gens de Mbobero 8 hectares. Qu’en pensez-vous ?

Il a rendu des terres aux Pères ; et les 8 hectares et les 80.000 $ qu’il a rendus à la population, à quoi peuvent-ils servir ?

Qu’est-ce que vous diriez aux personnes qui vous écoutent ? Avez-vous besoin de sacs de riz ?

Dans la souffrance que nous avons, nous ne voulons pas de sacs de riz. Si on donne à quelqu’un 50 ou 100 kg de riz et il n’a pas de place où dormir, cela n’a pas de sens. Nous voulons qu’il nous rende nos champs : voilà l’aide que nous demandons.

Comme vous êtes chrétien, pensez-vous que Dieu est de quel côté dans ce problème ?

Je pense que Dieu est encore avec nous, de notre côté, parce que j’ai confiance que ces champs nous reviendront. Si ce Chef trouve des personnes qui le conseillent bien, pour qu’il voie que ce qu’il a fait n’était pas bon, nous avons confiance que ces parcelles nous reviendront.

Vous pensez donc que ce n’est pas la volonté de Dieu ce qui s’est passé…

Ce n’est pas la volonté de Dieu : Dieu n’agit pas ainsi. Dieu est un Dieu de grande miséricorde ne peut pas vouloir cette souffrance de ses enfants. C’est la volonté des humains.

Avez-vous un mot à ajouter ?

Que les autorités nous aident beaucoup pour que nous récupérions nos parcelles, parce que nous souffrons beaucoup. Voici l’aide dont nous avons besoin. Nous ne cherchons pas de voitures, mais nos parcelles.