D’autres voix dans le village de Mbobero

Egide Muderwa Aganze, jeune

Le problème touche beaucoup les jeunes que nous sommes, sur le plan psychologique, économique et social. Nous ne pouvons plus nous marier, faute de moyens et d’un endroit où bâtir notre maison. Beaucoup parmi nous sont dans des familles d’accueil, où ils passent la nuit sur un divan, sur une bâche… Les filles aussi sont éparpillées et ne bénéficient plus de l’éducation de la part de leurs parents.  Beaucoup de nous ont abandonné l’école et trouvent difficilement un travail. Certains se débrouillaient en cassant les pierres dans la carrière, qui a aussi été récupérée par la famille Kabila. Je ne vois pas d’avenir pour la jeunesse à Mbobero : chez nous, c’est une guerre, plus que des massacres. 

Un autre jeune de Mbobero

Nous, les jeunes, ne recevons aucune aide. Je sens une grande tristesse, parce que je ne sais pas quoi faire. Les enfants circulent dans le quartier, leurs parents sont devenus des domestiques quelque part pour dix dollars par mois. Avec nos champs, nous nous suffisions ; maintenant, nous circulons sans trouver d’occupation. Dans le temps, nos parents coupaient des régimes de bananes dans leur champ et nous aidaient avec des chèvres. Aujourd’hui on ne peut pas faire l’élevage des chèvres chez nous. La vie n’est plus à Mbobero.

En plus, nous, les jeunes, nous sommes aussi parfois victimes de poursuites, de calomnies… Nous réclamons notre droit. Les autorités du pays nous ont abandonnés, alors que pour d’autres catastrophes elles interviennent. C’est ainsi que des jeunes acceptent d’entrer dans le « Club d’amis de Maman Olive Lembe », pour trouver mille francs et acheter un savon. D’autres volent des chèvres, d’autres sèment l’insécurité à Mbobero et dans les villages environnants. Nous vivons dans la peur.

Par manque d’orientation, beaucoup de jeunes se sont donnés à la boisson, et à des boissons fortes. Ils commencent à circuler dans le quartier pieds nus… Il n’y a plus d’avenir. Nous sommes tous affectés par ces démolitions, par cette lutte qu’on a menée contre nous. Beaucoup de jeunes mettent enceinte des filles en désordre. Nous avons aussi pas mal de jeunes filles qui ont été mises enceintes par les militaires d’Olive Lembe. Et leurs enfants sont ici : ils n’étudient pas, ne reçoivent pas les médicaments nécessaires, leurs pères ont été mutés…

Un enfant

J’habitais à Kachuba. Je souffre beaucoup et ne supporte pas de vivre ici où je suis. Kabila a détruit nos maisons. Là, chez moi, personne ne m’insultait en disant : « Ici ce n’est pas chez vous, sors ! ». Je jouais, on mangeait bien. Mais aujourd’hui nous sommes des réfugiés et nous ne recevons aucune aide.

Marie Na Mwa Luvuka

Je suis vieille, j’ai 55 ans, j’ai deux petits-enfants ; je ne sais pas où les amener, car je n’ai pas d’autres membres de parenté. Je cultivais chez autrui et les enfants avaient de quoi manger. Aujourd’hui nous sommes dans cette situation. Nous souffrons beaucoup : rendez-nous nos droits !

Edvige, une maman

En ce Congo, il n’y a pas des pauvres qui aient le courage de parler. Mais je le dis : maman Olive nous a fait du tort ! Et pourtant, elle est riche, et nous sommes des pauvres. On l’a trompée. Là, c’était chez nous : qu’elle nous y fasse rentrer et qu’elle bâtisse à nouveau nos maisons. Qu’on ne continue plus à la tromper et qu’elle ne continue plus à nous faire du tort.

Mr. Elisha Georges, père de famille

Nos enfants voient les difficultés par lesquelles nous passons et les vivent ! Je crois que tout ce que nous vivons deviendra de l’histoire, en voyant comment Kabila nous fait souffrir, en tant que Père de la Nation. En considérant comment nous vivons, comment nous souffrons, je ne sais pas s’il peut trouver la paix là où il est, à cause de nos pleurs. C’est un massacre qu’il a fait sur nous. Je ne sais pas où il payera tout cela. C’est pourquoi nous continuerons notre lutte et nous prions Dieu d’entrer dans sa conscience, qu’il nous rende nos terres.

Manegabe Mahuma Hongo

Je suis Manegabe Mahuma Hongo, chef des Scouts à Mbobero. Nous avons perdu nos champs et nos maisons : nous sommes comme des réfugiés. Et pourtant tous nos grands-parents sont nés ici ! Devons vivre ainsi dans notre Congo ? Nous cultivions les champs et ainsi nous faisons étudier nos enfants. Aujourd’hui nous manquons d’un mur pour nous protéger. Vraiment le Président actuel Tshisekedi ne peut pas avoir compassion de nous ? Qu’il ait compassion de nous, qu’il fasse tout ce qu’il peut, avec les députés et les sénateurs nationaux et provinciaux : rendez ce qui nous appartenait. Que le Président Kabila rentre là où il avait acheté et nous laisse avec nos terres. Nous pleurons beaucoup : pas seulement moi, mais aussi les mamans, les papas, les grands-parents, nos enfants.